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TRANSIT 2013

Résidence à Tremblay-en-france

23 juin 2016 - 23 juin 2019

Conception, réalisation et chorégraphie : Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou

Univers sonore: Christophe Zurfluh Montage vidéo: Dominique Philiponska

 

Après deux années de résidences, de rencontres et d’ateliers, Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou posent un regard artistique et poétique sur l’emblématique Aéroport Charles de Gaulle, lieu de fantasmes et de réalités qui irrigue notre territoire, transformant ainsi notre perception et notre théâtre pour un voyage inédit.​

« Nous n’aurions pu éviter ni du regard, ni de l’ouïe, l’implantation de l’aéroport Charles de Gaulle sur le territoireTremblaysien.Au-delà du lieu, qui par son architecture, l’importance des codes de hiérarchie et de sécurité qu’il porte nouspropose le voyage, nous invite au voyage est imposant (parait évident)rassurant , c’est plutôt les personnes etles métiers qui font que notre rêve de l’ailleurs se réalise, qui nous ont inspiré TRANSIT. C’est une création que nous avons voulu proche et même émanant de ceux qui habitent, travaillent sur ce territoire du voyage sans pourautant avoir l’opportunité de voyager.n  C’est un projet qui se cristallise avec les différentes rencontres humaines et artistiques faites au cours du processus de création.  Nous aimerions faire de cette aventure un arrêt sur image dans un espace public où ceux qui le font vivre sont au quotidien en transit et leur donner un espace de parole autre que celui des métiers qu’ils défendent mais plutôt dela vie qu’ils mènent sur ce territoire »

Aïcha M'Barek & Hafiz Dhaou 

 

CORRESPONDANCES

Inextricable frontière

Gérard Mayen, journaliste, critique de danse, auteur.

On se représente une frontière une simple ligne, tranchant sur le terrain. Or de la sorte, on n’envisage que le tracé d’une frontière ; la délimitation d’un territoire. On omet tout ce qui puise à l’histoire, épouse la culture, traite les échanges, donne cadre au contrôle, désigne l’interdit. Dense et multiple, cette fonction-frontière, éminemment complexe, tient d’une construction.

A ses origines, l’aéroport Charles De Gaulle frappa les esprits français, par l’image de ses bâtiments satellites, en forme de forteresses circulaires. Constatons-le : la fonction-frontière pouvait ainsi se ramasser en cercle, comme fil se mettant en pelote. Cette disposition moderne convenait excellemment à une gestion rationnelle de flux humains en transit. C’est de cela qu’il s’agit. Il n’est pas là de frontière, qui ne tiendrait qu’en ligne.

Artistes chorégraphiques de rayonnement international, Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou sont coutumiers des franchissements de frontières ; usagers de Charles De Gaulle. Or cette porte sur la France leur est à double mouvement. S’ils y reviennent, voilà qui leur évoque le retour à la maison ; mais tout autant la forme de départ que celui-ci recèle. Aïcha M’barek et Hafiz Dhaou sont Tunisiens. C’est en France qu’ils résident pour une part essentielle de leur temps et de leur création. Leur chez eux leur est aussi un ailleurs. En perpétuel transit.

Voici trois ans, plutôt que continuer de courir de pièce en nouvelle pièce, ces artistes ont désiré faire halte. Approcher l’aéroport par son territoire. Sonder les représentations que s’en fait sa population. Quels rêves ici ? Eux-mêmes venus de loin pour la plupart, or n’ayant guère droit au voyage (rareté des moyens, restriction des visas), ces habitants vivent par l’aéroport en le faisant vivre ; conditionnent ses flux par leurs métiers multiples. Il est jusqu’aux rares anciens de ce monde naguère rural, pour avoir vécu l’apparition de cet équipement sur le mode d’une extraordinaire entrée en mouvement de leur espace.

Artistes chorégraphiques, autrement dit du temps et de l’espace, Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou ont glané des récits, accompagné des parcours, côtoyé des gestes du travail, de personnels aux statuts souvent transitoires, et voisins en proie aux mutations incertaines. Dans l’univers aéroportuaire apparemment lisse, des habitants travailleurs en sur-place, se font transparents au regard de flux jamais taris, eux-mêmes canalisés par des parois de verre.

Entre circulations, autorisations et consommations, un complexe inextricable de dispositifs sécuritaires se présente sous apparence homogène et stable, fluide et efficace ; pourtant peuplé de fantômes d’exclusions, rêves de partance, craintes de contrôles, hantises du badge, mémoires d’exils, voire phobie d’attentats. Inextricable frontière, avec ses écrans multiples, cheminements opaques, significations échappées. Mais toujours sous contrôle.

 

Du travail de mémoire au projet Transit

Annie Mercier, Ethnologue-vidéaste, en charge de l’atelier Mémoire du centre-ville de Tremblay-en-France (Division Démocratie Locale)

Durant leur résidence à Tremblay-en-France, nous nous sommes régulièrement rencontrés avec Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou pour échanger sur nos pratiques, nos approches respectives (l’une ethnographique, l’autre chorégraphique et artistique), nos visions très proches du rapport à l’autre à construire et forger, nos aspirations communes de fonder nos travaux sur la participation et l’implication des habitants.

Au-delà de nos démarches spécifiques et différentes, des points communs qui entrent en résonnance : s’immerger sur le terrain, s’ancrer sur un territoire, un lieu, et tisser d’étroites relations avec les habitants - forger et construire son regard - trouver sa place, se positionner en passeur et faire émerger la parole, le ressenti, les émotions - mettre en œuvre des dispositifs de mise en scène de soi, de l’autre, pour créer des espaces et des moments d’échange, possibles - au-delà des mots, écouter les silences, mettre en forme l’émotion et le langage des corps, territoires de l’intime - ouvrir les portes de l’imaginaire tout en s’arrimant au réel - observer et se nourrir du quotidien pour le transposer et le mettre en partage, faire apparaître une part d’invisible - tisser des liens, des allers-retours entre soi et l’autre, construire des entre-deux, des ponts et des passerelles, des espaces d’interrogation du monde.

Des points communs aussi entre nos sujets de recherche : si l’aéroport est un lieu de transit, les immeubles voués à la démolition sont eux-mêmes des territoires où les populations sont en transit. Les familles de ces tours sont en partance, entre un « chez soi » ici à quitter et un « chez soi » à aller investir et reconstruire. Les valises sont à faire, les souvenirs sont à déménager, il faut les rassembler pour pouvoir les transporter et les installer ailleurs.

Les liens que nous avons pu tisser entre nos projets respectifs ont permis à plusieurs habitants de Tremblay-en- France de participer à la fois au travail de mémoire des tours et au projet Transit. C’est ainsi que le témoignage de certains locataires des tours, recueillis de manière documentaire et ethnographique, ont été sculptés et mis en scène, de manière chorégraphique, par Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou. Ce prolongement artistique d’un travail ethnographique, ancré dans le réel, donne une dimension plus large aux témoignages des habitants, amplifie encore leur vision du monde pour nous la faire partager de manière sensible et émotionnelle, tissant des liens entre le particulier et l’universel qui fait écho en chacun.

Annie Mercier

Du travail de mémoire «Déménager ses souvenirs, construire l’avenir» de la ville de Tremblay-en-France au projet artistique et territorial TRANSIT

 

Participants de Transit

Les élèves de 2nde Accueil du Lycée Romain Rolland de Goussainville :

Tounkara Gnyma, Abdallaoui Anissa, Lucka Noor Shaheen, Mezhoud Inesse, Léonard Allison, Mazaya Gisèle, Ejiofor Andréa, Lopez semedo Cynthia, Girard Shannon, Monnin Emilly, Dérouaz Soraya, Nduime Mavé Henriquet, Elouad Anissa, Ben Ahmed Cyrine, Konaté Sallé, Jaabiri Sabrine

Les danseuses « complices » :

GREMOND Monique, DARLAS Marie-Claude, HUBERT Corinne, TOURHZA Nathalie, LABAR Valérie, PIEL Catherine, SAUTRON Mireille, FILINESI Sophie, FABRE Dominique , GOITINO Katia , Claire Soton, Sophie Vrel, Mauricette Art,

Les danseuses du conservatoire de Livry Gargan :

Amani ABBAS, Caroline BRUNS, Clémence DUPREZ, Irène DUPREZ, Emma MEZACHE, Nejma, Elsa BOUVET, Lila CANCADE, Margot DUCHATEAU, Candice MARTIN, Anaëlle MOTTA, (Julia PETRELLA), Julie, Jeanne VERNOIS, Justine VINET

Les danseuses du conservatoire de Roissy :

Marie Breuilles, Manon Ivora, Mélanie Jouret, Emma Muller, Alma Rousselbin.

Remerciements d’Aïcha M’barek et d’hafiz dhaou / compagnie cha-

A Annie Mercier

C’est aussi grâce à la passion du travail basé sur la patience et la durée, un travail en direct sur le terrain, cette passion à la frontière de l’art que nous avons croisé Annie Mercier. Grâce à la Maison de la Démocratie Locale, nos chemins et lieux géo-graphiques si éloignés se sont rencontrés ici à Tremblay-en-France. Quel étonnement pour nous. Nous l’avons jalousée de ces possibles proximités avec l’intime, des accès aux confidences, à l’humanité, à la vie réelle rêvée, imaginée et confiés lors de ses rendez-vous autour de l’immeuble en transit, l’immeuble 11farges-société à la verticale. L’intime est au cœur de notre démarche d’artistes ; L’intime invisible nous tentons de la rendre visible dans nos recherches de travail. Nous nous sommes retrouvés, comme un écho ; Nous avons échangé sur la méthode, sur la façon de travailler et d’en rendre une vision élargie.

À Jean Valissant

Jean Valissant, retraité est une figure importante et connue du Vieux Pays ; Entre douceur et dureté, sa voix et ses paroles sans détour portent la passion, ses nombreuses passions. Il livre une mémoire vive d’histoires, de réalités ou se mêlent des grands événements et des détails anecdotiques, des récits visibles et invisibles partagés par beaucoup de ses amis du Vieux Pays. Son carnet de photographies confié lors de notre rencontre (inoubliable) à la maison des Associations, témoigne, avec sincérité, d’un cheminement sensible - un zeste de nostalgie que ces clichés restent dans l’ombre des souvenirs -. Ses expériences à l’appui, les questions posées tout au long de nos semaines révèlent une part de leurs secrets. Jean Valissan témoigne de sa fierté à ce territoire et ses m(aux)ots traduisent une part de ses rêves.

à tous les participants,

à M. Christophe Zurfluh, à M. Gérard Mayen, à M. Jean Valissant, à Mme Annie Mercier, à M. Dominique Philiponska,

au Lycée Romain Rolland de Goussainville: M. Jean-Pierre Davasse, M. Sébastien Archelas, Mme Ghislaine Thoer, Mme Angélique Devendeville, Mme Françoise Devin, Mme Magalie Zerbib, Mme Magalie Fontaine, Mme Krisztina Vegh et Mme Alice Fiona Tucker,

au Conservatoire de Roissy-en-France: Mme Marie-Christine Robert et Mme Béatrice Roussel,

à Mme Ramata Kébé,
à Mme Kébiche,
à Mme Labonne,
à Mme Djenabou Bayo, à Mme Nora Charef,

au Conservatoire de Livry-Gargan : Mme Sarah Besnainou,

à l’Aéroport de Paris et la Maison de l’Environnement de Roissy-Charles de Gaulle, le service de la communication d’AdP et la société Gimas: Mme Véronique Lionnet, Mme Laurence Arrieu, Mme Alice Teixeira, Mme Isabelle Chevalet, M. Ruben,

à la ville de Tremblay-en-France et ses différents services: la Division Démocratie locale : M. Jean-Pierre Forestier; le Service économique, Mme Elisabeth Kwiatkowski; le comité de fêtes du Vieux-Pays et Maison de Quartier du Vieux-Pays,

au Conseil Général de Seine-Saint-Denis,
à la direction de la Nature, des Paysages et de la Biodiversité du département de Seine-Saint-Denis : Mme Sandrine Deroo,

à la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile-de-France, à la ville de Goussainville: Mme Sirane Semerciyan.